María naît « un jour où Dieu était ivre » dans une banlieue pauvre de Buenos Aires. Attirée par les lumières de la ville, elle mène une vie tumultueuse dans les bas-fonds de la capitale. Devenue chanteuse de cabaret, elle connaît le succès et l’adoration des hommes, avant d’être rejetée puis marginalisée. Après sa mort brutale, elle erre dans les rues comme une ombre, sans mémoire de sa propre histoire. Jusqu’à ce qu’advienne le miracle d’une fécondation…
Maître incontesté du bandonéon, Astor Piazzolla revitalise le tango argentin dans les années 1960, l’enrichissant de rythmes et d’instruments nouveaux. Son unique opéra est le manifeste de ce tango nuevo, imprégné de jazz et de musique classique européenne. La voix chantée dialogue avec le récit, la partition frissonne et s’enflamme sur un texte surréaliste du grand poète Horacio Ferrer. Le destin de María peut se lire comme une allégorie du tango lui-même : tous deux émergent dans les faubourgs cosmopolites et déshérités de Buenos Aires, connaissent le mépris, la gloire et le déclin, puis se réinventent pour mieux se perpétuer. L’histoire de María évoque aussi une Passion du Christ contemporaine et féminine. L’identité singulière de l’héroïne lui attire la violence des hommes ; elle souffre, meurt et transcende sa condition, devenant une icône éternelle.
Giulia Giammona est une figure émergente du théâtre musical européen. Son parcours est marqué par la redécouverte des autrices surréalistes, ainsi que par les liens entre mythes et perspectives féministes. Loin des clichés folkloriques et en confiant l’ensemble des rôles à des femmes, elle entend rendre à l’héroïne sa propre histoire, interroger les codes genrés du tango, et dénoncer la persistance d’un mécanisme où l’idéalisation du corps féminin par les hommes mène aux violences sexistes et sexuelles.